2026 08 21 Festival José David  » Humoresques « 

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Pour cette treizième édition du Festival José David, ce furent pas moins de cinq concerts d’une musique raffinée, exaltée, parfois légère ou mélancolique au titre évocateur d’  » Humoresques  » qui  séduisit le nombreux public présent dans la chapelle du 18 au 23 août.

Le ton était donné d’emblée le mardi 18 août pour le premier concert qui réunissait  » Sur le pont des soupirs » l’incontournable soprano Cécilia Arbel, et pour la première fois le baryton Joachim Coffinier Barry avec la fidèle présence au piano de la directrice artistique du Festival Magali Goimard. Récital lyrique qui emmenait le public de Mozart à Offenbach dans une chapelle comble. Dans une série de duos la soprano et le baryton montraient toute leur complicité aussi bien dans la rencontre Papageno/Papagena de la Flûte Enchantée ou la séduction de Zerline par Don Juan dans le Don Giovanni de Mozart que dans le tendre et enjoué  » Poussez, poussez l’escarpolette  » extrait de Véronique d’André Messager. La voix chaude et puissante, le ton décidé de Joachim Coffinier Barry et celle toujours expressive et nuancée de Cécilia Arbel leur permirent aussi de montrer toutes leurs qualités de solistes. Ainsi pour le baryton le très enjoué  » Singing in the rain « , qui représente malgré tout une gageure, ou pour la soprano  » Je te veux  » d’Eric Satie. Magali Goimard, infatigable accompagnatrice à chaque festival soutenait magistralement ces deux complices d’un soir. Mais on sait qu’elle est aussi une grande soliste, ce qu’elle montra par exemple dans la pièce de José David  » Un badinage pour piano  » dont elle sut faire ressortir toutes les nuances et le charme.

Mozart Don Giovanni : Don Juan Zerline

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La seconde partie de la soirée, dédiée à l’opérette permit à l’assistance de découvrir la mélodie humoristique d’Isabelle Aboulker  » A propos de la chaussette blanche « , ou encore le très surprenant et loufoque  » Non monsieur mon mari « , musique de Francis Poulenc sur la pièce de théâtre  » Les Mamelles de Tirésias  » de Guillaume Apollinaire. Offenbach permettait à Cécilia Arbel de rappeler à l’assistance  sa voix puissante et toute en nuances ainsi que ses talents de comédienne, notamment dans l’air célèbre de La Périchole :  » Ah, quel dîner je viens de faire « . Une nouvelle scène de comédie venait clore cette première soirée, scène au cours de laquelle les deux chanteurs s’en donnaient à coeur joie sous les rires du public dans le  » Duo de la mouche  » d’Orphée aux Enfers.
Ce concert, placé sous le signe de la séduction et de la bonne humeur ne pouvait que se terminer par  » L’heure exquise  » tiré de  » La Veuve Joyeuse  » de Franz Lehar « , fredonné par toute l’assistance à l’invitation des trois artistes auxquels, le public enthousiaste offrait une  » standing ovation « .

     C’est à une toute autre soirée le mercredi 19 août que Magali Goimard conviait le public du festival. Toujours à l’affût d’oeuvres méconnues ou soucieuses de faire connaître de nouveaux talents, elle donnait carte blanche à Julien Joubert pour une  » Histoire de la musique … en 80 minutes » !  Avant de laisser la scène à ce musicien complet, à la fois compositeur, chanteur, pianiste et violoncelliste, Magali Goimard, François Pineau – Benois et Cécilia Arbel ouvraient la soirée en interprétant avec beaucoup de subtilité deux pièces de José David : l’ « Ave Maria  » et  » Amour perdu « .
Julien Joubert allait ensuite occuper l’espace et réussir le tour de force d’intéresser le public en évoquant avec une clarté non dénuée d’humour les grandes étapes de la musique, de l’apparition de l’Homo Sapiens à nos jours. S’appuyant comme fil conducteur sur le cantique  » Ave Maria Stella « , Julien Joubert explique en faisant participer le public la naissance du contrepoint et de l’harmonie avec les figures dominantes de Guillame Dufaye, Josquin des Prés, – prénom donné à son premier garçon -, Jean – Sébastien Bach pour la période baroque, Haydn et Mozart, représentant l’époque classique, le romantisme illustré par Schumann, Schubert, Liszt et Wagner, pour arriver à la musique du XX ème siècle avec Debussy, le dodécaphonisme, Pierre Boulez … jusqu’à Serge Gainsbourg et sa connaissance de l’oeuvre de Chopin. Chaque époque, chaque auteur faisant reposer nombre de ses compositions sur l’art de la variation.Rien d’austère ou de rébarbatif dans tout cela, mais un exposé reposant sur une pédagogie éprouvée, provoquant les rires et les applaudissements fréquents du public. Un seul exemple : un certain John rend visite à son ami Bob et sa femme dont il est secrètement amoureux. Nous finissons par comprendre, grâce à la musique,( Quatuor n° 47 de Schumann ) que ce John est en fait Johannes Brahms fréquentant  régulièrement Robert et Clara Schumann. Au piano, au violoncelle – parfois transformé en luth ou en guitare -, en chantant, Julien Joubert ne lâche pas son public, lui réservant pour la fin de sa prestation une mise en musique du poème de Victor Hugo  » Demain dès l’aube « , entraînant l’ovation du public. L’artiste d’un soir était rejoint par Cécilia Arbel, François Pineau – Benois et Magali Goimard. Tous les quatre reprenaient  » Amour perdu  » de José David auquel Julien Joubert avait rendu hommage au cours de sa prestation.

                                    Julien Joubert au piano explique le principe de la variation

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  Le jeudi 20 août étaient programmées les  » Variations slaves  » et ce fut à nouveau un très beau moment de musique proposé par Magali Goimard avec le trio piano, violon et voix. Le public présent dans la chapelle eut le plaisir de ré-entendre ou de découvrir la voix chaude et puissante du baryton Joachim Coffinier Barry, à nouveau séducteur dans la  » Sérénade de Don Juan  » de Tchaïkovsky comme il avait chanté quelques instants plus tôt avec une grande délicatesse le très touchant   « Ombra mai fu  » de Haendel, admirablement soutenu par le piano de Magali Goimard et le violon de François Pineau – Benois qui avaient ouvert la soirée de façon enjouée avec les  » Variations extraites de la  » Suite italienne  » de Stravinsky. L’inséparable duo allait nous offrir un festival ( ! ) de notes tourbillonnantes où, s’appuyant en toute confiance sur le jeu de sa partenaire, François Pineau – Benois faisait vibrer les cordes de son violon avec une énergie toujours contrôlée pour offrir à l’assistance une variété de compositions très riches, qu’il s’agisse de la  » Polka italienne  » de Rachmaninoff, des  » Souvenirs de Moscou  » du Polonais Henryk Wieniawski, de la  » Sérénade espagnole  » de Glazounov ou encore de la  » Canzonnetta  » de César Cui. Autant de pièces virevoltantes, exigeantes de virtuosité, d’un rythme souvent endiablé qui n’empêchaient pas les deux très talentueux instrumentistes d’exprimer la mélancolie, proche de l’âme slave du  » Chant élégiaque de José David. Surprise de la soirée ! Ils étaient rejoints par le flûtiste Jérôme van Wynsberge dans les tonitruantes  » Variations sur un thème donné  » de Rimsky – Korsakov . Le piano et le violon donnaient ensuite toute leur mesure dans l’éblouissante  » Fantaisie  » inspirée de l’opéra  » Le coq d’or » du même Rimsky – Korsakov qui déclenchait un tonnerre d’applaudissements.
Joachim Coffinier Barry  nous donnait le plaisir de l’entendre dans les deux chants traditionnels russes que sont  » Les yeux noirs  » et  »  Les bateliers de la Volga  » pour interpréter ensuite avec beaucoup de tendresse et de mesure  » Stranger in paradise « , chéri des jazzmen et des crooners et dont on ne sait pas toujours qu’il est une mélodie de Borodine. Ce beau concert se terminait avec là aussi le très connu  » Si j’étais un homme riche  » dont le baryton faisait ressortir l’espoir et la tristesse que que suscite un tel désir. Les trois artistes étaient récompensés une nouvelle fois par une  » standing ovation  » amplement méritée.

Haendel  » Ombra mai fiu  » de l’opéra Xerces

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   Le concert du samedi 22 août Bach en Bagatelles présentait dans sa première partie un hommage à Jean – Sébastien Bach et trois de ses fils : Wilhelm Friedemann, Carl Philipp Emmanuel et Johann Christian. Pour cela, Magali Goimard avait réuni autour d’elle François Pineau – Benois et Clémentine Bousquet au violon, Alice Picaud au violoncelle. Le quatuor faisait vivre allègrement la musique de chaque compositeur, notamment celle de Wilhelm Friedemann et son  » Vivace « , soit en duo avec les deux violons dans le premier mouvement du  » Concerto en ré mineur  » de Jean – Sébastien. Le quatuor reconstitué révélait toute la richesse de l’  » Andante  » de Carl Philipp Emmanuel ainsi que l’Allegro di molto du concerto pour piano et cordes de Johann Christian dans une entente parfaite. Cette première partie s’achevait sur un  » Thème et Variation pour piano  » dans un recueillement et une profondeur que Magali Goimard doit être l’une des seules aujourd’hui à transmettre de la musique de José David. Juste avant, le flûtiste Jérôme van Wynsberge avait rejoint les quatre musiciens pour une  » Badinerie  » de Jean – Sébastien où le chant léger et alerte de la flûte faisait ressortir par contraste la gravité des cordes.
Haydn, Mozart et Dvorak étaient au programme de la seconde partie avec pour le  » père du quatuor à cordes  » un extrait de la symphonie  » La Surprise  » propre à réveiller les auditeurs somnolents, ces mêmes auditeurs qui découvrirent sans doute une  » Toute petite musique de nuit « , composée par Mozart à l’âge de 12 ans ! … et qui laisse déjà entrevoir son futur génie . Le concert se poursuivait avec la musique entraînante de Dvorak, qu’il s’agisse de la célèbre Humoresque ou des  » Bagatelles  » jouées avec beaucoup d’entrain. L’humour se faisait encore plus marquant avec l’arrivée sur scène de l’acteur, chanteur et compositeur Frédéric Longbois apprenant au public l’existence d’un 21 ème enfant de Jean – Sébastien Bach : PDQ Bach, soi – disant délaissé par son père et auteur d’une oeuvre aussi loufoque que méconnue. Magali Goimard nous en donnait un aperçu en interprétant des  » Préludes  » pour nous révéler en fin de concert ce que nous supposions déjà . Il s’agit en fait de l’invention d’ un compositeur américain Peter Schieckele pour lequel ce dernier écrivit une musique satirique et burlesque. Quoi qu’il en soit, ce fut une belle soirée à nouveau ponctuée par les fréquents applaudissements du public, toujours transporté par la variété des oeuvres et la qualité de l’interprétation.

                                                   Andante de Carl Philipp Emmanuel Bach

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   » Un air de fête  » concluait le dimanche 23 août ce 13 ème festival. La première partie permettait au public d’entendre à nouveau Frédéric Longbois en conteur de  » La patte au chat  » d’après Marcel Aymé, conte où animaux et êtres humains se côtoient, s’affrontent, s’évitent même sur une musique de Pierre Cholley jouée avec vivacité et entrain par le quatuor composé de Magali Goimard au piano, Jérôme van Wynsberge à la flûte traversière, Hélène Malle à l’alto, altiste co solo de l’ONPL  (remplaçant Hélène Desaint initialement prévue ), et Alice Picaud au violoncelle, jouant une musique allègre, illustrant le texte dans une parfaite complémentarité. Après cette alliance de la musique et de la littérature, le public eut le plaisir d’entendre le second mouvement de la sonate en trio pour flûte, alto et piano de Florent Schmidt, mouvement d’abord très élégiaque qui se termine de façon plus enjouée. Magali Goimard terminait cette première partie avec la célébration de la mer du  » Crépuscule marin  » du Sablais José David .
   La seconde partie basculait dans un univers débridé et parfois loufoque. Si elle commençait de façon plutôt sage par le poème de Sully Prudhomme récité par Frédéric Longbois , suivie par la musique de Saint – Saëns rendue avec grâce et élégance par le violoncelle et le piano, le rythme allait ensuite s’accélérer et le burlesque prenait la main avec  » Les Embryons déssèchés  » d’Erik Satie ou  « L’Araignée à moustaches  » de Joseph Kosma  sur des paroles de Robert Desnos , interprétés avec un allant, une désinvolture du récitant en total accord avec le piano. Seul au clavier, Frédéric Longbois poursuivait sur sa lancée avec un virevoltant  » Y’a de la joie  » de Trenet, suivi d’un un bel hommage à Barbara  avec la chanson qu’il lui a dédiée :  » La Dame  » pour finir sur  » Un air de fête  » de Francis Farrugia rejoint par le quatuor de cette soirée. Le public applaudissait chaleureusement les interprètes de ce dernier concert qui clôturait un festival emprunt de bonne humeur, de gaieté, de loufoquerie parfois, séduisant un public très nombreux venu écouter des oeuvres d’une grande diversité interprétées par des artistes qui portent la musique à un très haut niveau, tout ceci grâce au travail important de Magali Goimard, tant dans la préparation du programme, dans le choix des artistes invités que dans son investissement personnel au cours du festival.

               La patte du chat  ( Marcel Aymé / Pierre Cholley )

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