2025 06 16 Festival José David
Auteur: administrateur
16 juin 2025
En ce 150ème anniversaire de la naissance de Maurice Ravel, Magali Goimard avait décidé de faire honneur au compositeur basque en en faisant la figure tutélaire des quatre concerts de cette 12 ème édition du Festival José David. Et c’est tout naturellement que le mardi 19 août, le pianiste Vincent Mussat, nouvel invité de Magali ouvrait la soirée intitulée « Merveilles de l’enfance » avec un lumineux » Jeux d’eau » montrant dès cette première pièce toute sa virtuosité, mais aussi la finesse de son jeu, appréciée aussi par le public qui découvrit les 6 pièces qui composent » Au gré des ondes » d’Henri Dutilleux. Précisons qu’Henri Dutilleux, proche de José David soutint ce dernier pour sa nomination de professeur au CNSM de Paris.
Jeux d’eau de Maurice Ravel par Vincent Mussat

Un peu plus tard dans la soirée, Vincent Mussat était rejoint par Magali Goimard, et, en parfaits complices, tous deux ravissaient le nombreux public avec des compositions comme la pavane de » La belle au bois dormant » ou encore » En bateau » de Debussy que Ravel admirait profondément. Auparavant le public avait pu se délecter de deux extraits des « Tableaux d’une exposition » de Moussorgsky » Promenade » et » Tuileries » dont on sait de quelle façon Ravel les a orchestrés. Puis, ce fut seule au piano que Magali Goimard interpréta avec une grande conviction le » Crépuscule marin » de José David, lui-même fervent admirateur de Ravel au point de lui consacrer un livre simplement intitulé » Maurice Ravel », malheureusement introuvable aujourd’hui.
Crépuscule marin de José David par Magali Goimard

On sait l’amour que Magali Goimard porte à la voix et la seconde invitée de ce premier concert était la mezzo-soprano Julie Nemer, désormais habituée de ces ce festival de la mi-août. Le public put ainsi entendre trois extraits des » Histoires naturelles » de Jules Renard, mises en musique par Ravel, successivement » Le paon », » Le martin-pêcheur » et la » Pintade » , rendus avec beaucoup d’expressivité par la jeune mezzo, puis deux mélodies de José David dont le très rythmé » Les écoliers » de Maurice Fombeure dont le contenu pouvait faire penser à certaines pages du » Grand Meaulnes » d’Alain-Fournier.
La seconde partie nous valait d’entendre un extrait de » L’enfant et les sortilèges « , » J’ai pas envie de faire ma page » au cours duquel Julie Nemer faisait ressortir toute la rage et la volonté de l’enfant qui refuse toute contrainte et toute autorité. De sa voix claire et parfois puissante, avec beaucoup de délicatesse et un brin d’humour , ce furent ensuite » Grammaire » et » la » Souris d’Angleterre » extraites des » Chansons de monsieur Bleu « de Manuel Rosenthal, lui-même l’un des rares élèves de Ravel.
La souris d’Angleterre par Julie Nemer

Cette première soirée aurait pu s’achever sur le rythme endiablé de « Ragtime du paquebot », tiré du ballet » Parade » d’Eric Satie qui avait soulevé l’enthousiasme du public, enthousiasme qui s’était manifesté de nombreuses fois au cours du concert.
Mais les trois interprètes de ce mardi 19 août n’en étaient pas quitte pour autant, puisque sur l’insistance des auditrices et auditeurs, Julie Nemer revenait interpréter la » Ségovia Murciana, chant populaire andalou de Manuel de Falla, avant que Vincent Mussat ne clôt la soirée par une improvisation énergique sur une valse de Chopin aux accents jazzy que n’aurait sans doute pas renié le compositeur polonais !
Parade d’Eric Satie par Magali Goimard et Vincent Mussat

Jeudi 21 août : Ravel, Regard vers l’orient
Ce jeudi 21 août était une soirée exclusivement instrumentale toujours dominée par Maurice Ravel dont l’interprétation éblouissante du quatuor en fa majeur par le quatuor Kobalt enthousiasmait le public, séduit par la manière dont les quatre musiciens ont rendu avec beaucoup de rythme et une élégance parfois mélancolique les 4 mouvements de ce quatuor duquel Debussy avait dit à son collègue qui doutait de la qualité de l’oeuvre : » Surtout, ne changez rien, c’est une pure merveille. »
Ravel Quatuor en fa majeur quatuor Kobalt

Le quatuor Kobalt est un tout jeune quatuor, composé de musiciens qui viennent d’horizons différents, que réunit leur amour de la musique de chambre et leur désir – en-dehors naturellement du répertoire classique- de faire découvrir la musique contemporaine. C’est ainsi que le public put apprécier l’oeuvre d’un jeune compositeur français, Baptiste Cathelin, venu lui-même présenter » Rêves d’Orient », directement influencé par Ravel, musique aux accents mauresques et balkaniques rendue avec beaucoup de conviction et de nuances par François Pineau-Benois ( premier violon ), Clémentine Bousquet ( second violon ) Olivier Marin ( alto ) et Alice Picaud ( violoncelle ).
La suite du concert allait être du même niveau d’exigence et de qualité portée par les 4 musiciens qui interprétaient une seconde oeuvre de Baptiste Cathelin : » Les arabesques d’or « , l’alto étant remplacé par une viole d’amour, qui donnait une petite touche baroque à
la composition. L’on ressentait tout le plaisir et l’intérêt porté par le quatuor à cette musique, plaisir et intérêt que l’on retrouvait dans l’exécution de » l’Andante » de José David ainsi que dans l’oeuvre d’un autre compositeur contemporain : » Le tambour de Romain » d’Olivier Calmel. A La Réunion, un esclave émancipé réunit ses congénères autour de la musique grâce au tambour dont il joue. Oeuvre influencée par le Jazz, et qui laisse aussi une part d’improvisation aux interprètes.
François Pineau-Benois Premier violon

Clémentine Bousquet second violon
Olivier Marin alto

Alice Picaud violoncelle

Pour terminer cette seconde soirée, Magali Goimard rejoignait les membres du quatuor Kobalt pour une interprétation magistrale du « Quintette pour piano et cordes » de Granados, compositeur de cette Espagne chère à Ravel, encore une prestation qui ravissait le public.
Un constat en tous cas : la musique actuelle a ses séductions autant que la musique consacrée, surtout quand elle est écrite et jouée avec grand talent !
Vendredi 22 août Carmen, femme fatale
Dominique Maingueneau conférencier

Le vendredi 22 août à 18h, Dominique Maingueneau, professeur émérite de Sorbonne Université tenait une conférence qui avait pour titre Carmen, femme fatale. le personnage éponyme de l’opéra de Bizet – Carmen est à la fois le nom de l’héroïne et le titre de l’opéra -nous fut présenté comme un être ambivalent. C’est un personnage au caractère bohème qui, bien qu’ouvrière à la manufacture de tabac n’a pas de statut social clair, puisqu’elle est aussi contrebandière, et surtout danseuse comme la gitane Esmeralda de Victor Hugo.
Elle appartient à une Espagne, l’Andalousie, qui associe le charme, la danse, mais aussi l’érotisme ainsi que l’ouverture vers l’Orient avec tous les fantasmes qu’il suscite chez un Européen.
Cécilia Arbel et Magali Goimard Chanson bohême
Le personnage est au carrefour de deux grandes mythologies : l’Espagne romantique et la femme fatale. Une femme qui détruit immanquablement les hommes qu’elle séduit : Lola Lola dans l’Ange bleu de Joseph von Sternberg qui réduit à l’état de loque le malheureux professeur Rath ou bien Nana, l’héroïne du roman de Zola qui fait sombrer dans la plus profonde déchéance le comte Muffat, jusqu’à Salomé qui obtient d’Hérode la tête de Saint Jean-Baptiste.
François Pineau-Benois et Magali Goimard La Habanera

Carmen est cette femme insaisissable qui revendique sa liberté :
» Jamais Carmen ne cédera
Libre elle est née, libre elle mourra »
L’art la sublime à travers la musique et le chant, icône au destin fatal de l’opéra français le plus joué au monde !

Samedi 23 août L’âme tzigane
Fidèle à l’esprit Ravel qui dominait ce 12 ème festival, le concert du samedi 23 août avait pour thème » L’âme tzigane » et l’inévitable » Tzigane « de Ravel pour violon et piano, interprété avec fougue par François Pineau-Benois qui se jouait de toutes les difficultés de cette partition exigeante avec la complicité tout aussi énergique et nuancée quand il le fallait de Magali Goimard. Ravel que l’on retrouverait à la fin de la soirée dans le moins connu » Kaddish » , bouleversante prière, recueillement rendu par la voix plaintive du violon, soutenu par les accords clairs à intervalles réguliers du piano, les deux instrumentistes en accord parfait avec la voix chaude et vibrante de Cécilia Arbel. Un grand moment de musique !
Mozart, sonate en mi mineur pour violon et piano

Ce troisième concert mélangeait les styles, les époques et les oeuvres, ayant toutes un lien avec l’esprit tzigane et la musique hongroise, de Mozart à Brahms, de Johann Strauss à Paganini et ses redoutables Caprices – dans un jeu impressionnant de François Pineau-Benois-, du catalan Frédéric Mompou à Franz Lehar. S’entremêlaient ainsi l’ air d’Elvire de Don Juan où Cécilia Arbel fut prenante de colère et de désespoir face au comportement du séducteur, ou encore dans un style totalement différent la touchante mélodie » Amour perdu » de José David sur un poème du poète vendéen Blanpain de Saint Mars, entendue dans une écoute silencieuse et recueillie. Cécilia Arbel nous rappela cependant qu’elle est une excellente comédienne dans son interprétation tonique des » Filles de Cadix » de Georges Delibes, de ces demoiselles qui ne s’en laissent pas compter.
Mozart Don Juan Air d’Elvire

Instrumentistes et soprano ont montré leur capacité à varier les interprétations, à faire ressortir l’originalité de chaque oeuvre, qu’elle soit célèbre comme les » Danses hongroises » 4 et 5 de Brahms ou moins connue » Damunt de tu nomès les flors » du catalan Frédéric Mompou.
José David Amour Perdu

Le concert s’achevait sur l’adaptation de Jerry Bock et John Williams du » Violon sur le toit » et le public une nouvelle fois conquis en redemandait. Les artistes s’exécutèrent avec plaisir : Cécilia Arbel – comme un clin d’oeil à toute la soirée – interprétait » L’heure exquise » extrait de l’opérette de Franz Lehar « La veuve joyeuse »; quant à François Pineau-Benois et Magali Goimard, ils affrontaient avec la virtuosité qu’on leur connaît la redoutable Fantaisie écrite par le compositeur Franz Waxman pour celui qui est considéré comme le plus grand violoniste du XXème siècle : Jasha Haïfetz.
Dimanche 24 août Choral transcriptions
Pour le concert du dimanche 25 août, Magali Goimard avait invité le choeur rezéen Aria Voce avec cette particularité que tous les morceaux présentés étaient des transcriptions pour la voix d’oeuvres préalablement composées pour orchestre. Ce qui donnait à entendre des compositions connues de façon instrumentale uniquement par les différentes tessitures de la voix, avec toute la rythmique et les couleurs que celle-ci permet. C’est ainsi que le public put apprécier un ensemble harmonieux interprétant avec une parfaite justesse sous la direction précise et volontaire d’Etienne Ferchaud des oeuvres de Bach, de Vivaldi ou Purcell, ou encore des auteurs des XIX ème et XX ème siècles tels que Chopin, Malher, Elgar, Fauré et bien sûr Ravel. Des interprétations aussi séduisantes qu’étonnantes de » l’Hiver » de Vivaldi ou un » Immortal Bach » arrangé par Knut Nysted.
Etienne Ferchaud, chef du choeur Aria Voce présente le concert

La seconde partie nous fit découvrir sous un nouvel angle le « Lux Aeterna » d’Edward Elgar adapté par John Cameron, une exécution toute à la fois énergique et poétique de » Die Zwei blauen Augen » extrait des » Chants d’un compagnon errant » de Gustav Mahler. Et que dire de la tonitruante version pour choeur et piano de José David » A un héros » en hommage à ses camarades du 72 ème régiment d’artillerie où il fut incorporé en 1940 ?
Bach / Nysted Immortal Bach

Les auditrices et auditeurs présents à ce dernier concert ont pu aussi apprécier quelques extraits de l’une des » Suites pour violon solo » de Bach par François Pineau-Benois qui fit chanter son violon du haut de la tribune qui domine l’entrée de la chapelle.
Cette 12ème édition s’achevait par le second mouvement du » Concerto en sol » de Ravel ou le choeur, sur des poèmes de Baudelaire et Verlaine, soutint efficacement le piano clair et mélodieux de Magali Goimard, dans une version pour le moins inhabituelle !
Ravel Concerto en sol : 2d Mouvement

Le nombreux public – comme tous les soirs – séduit par ces prestations originales ne laissa pas repartir le choeur et son chef ainsi. Et c’est avec plaisir qu’Etienne Ferchaud dirigea une dernière fois les membres du choeur Aria Voce en reprenant le très beau et mélancolique » Après un rêve » de Gabriel Fauré.
En conclusion
Merci aux musiciens de ces quatre concerts pour leur talent respectif, leur évidente joie de jouer et de partager de beaux moments de musique, parfois légers, souvent profonds avec le public. Merci naturellement à Magali Goimard pour ses choix toujours variés avec toujours cette volonté de présenter des oeuvres célèbres, mais aussi moins connues sans oublier la musique contemporaine et celle de José David. Merci aussi à Dominique Maingueneau pour sa passionnante conférence sur Carmen nous présentant un personnage trouble et insaisissable que l’opéra a sublimé en une icône tragique.
Merci enfin à tous nos soutiens : la ville des Sables d’Olonne, le Conseil Départemental, sans qui ce festival ne pourrait avoir lieu. Merci aussi au nombreux public et à sa générosité qui nous permet de poursuivre la restauration de la chapelle et en ce moment celle de l’autel à baldaquin de Jean-Emmanuel Mercier.